Etheria World

Forum interdit aux personnes physiques de moins de 15 ans et déconseillé au personnes physiques n'aillant pas atteint la majorité légale.

Bienvenue dans un monde Heroic-Fantasy [Hentai/Yaoi/Yuri]
Forum interdit au moins de 16 ans


    Jed VS Koïl

    Partagez
    avatar
    Jed Oromas
    ~ Murmure damné de Gaïa ~

    Messages : 1506
    Points RP : 333
    Date d'inscription : 25/09/2010
    Localisation : Terres elfiques

    Feuille de personnage
    Age :: 118
    Information Importante :: Lié à la communauté de Gaïa des elfes sylvains
    Côté Coeur: : Marissa Ayane y réside

    Jed VS Koïl

    Message  Jed Oromas le Mer 31 Oct - 1:57

    Hop,
    Ça faisait un moment que je voulais écrire cette chronique et enfin je me suis décidé, cependant vu qu'elle n'apporte pas grand chose au background du forum et que certains points sont peut-être discutables (Le tombeau d'un héros angélique y est superficiellement décrit, de même que les actions du vampire Raem et les pouvoirs de Koïl mais de façon bien trop abstraite pour que celà serve à quoi que ce soit) et que c'est très auto-centré comme récit, je préfère la mettre dans les Fanfics plutôt que dans la section Chronique, je la déplacerais peut-être plus tard (après l'avoir amélioré sans doute ^^).

    En avant propos, l'histoire raconté est l'un des points majeurs de l'histoire de Jed, celui ou il se confronte une ultime fois à son frère avant de se soumettre entièrement à la domination du vampire Raem. C'est à cet évènement que se rapporte le fameux thème "Jed VS Koïl" dans ma signature (L'affrontement physique final plus précisément, je me plait d'ailleurs à considérer que celui-ci dure effectivement 3 minutes et 13 secondes) et il est l'une des clefs des éléments les plus complexes et les plus secrets de la psychologie du personnage.

    Attention cependant, lire ceci ne permettras pas de tout comprendre de Jed, de nombreux autres éléments sont intervenu par la suite dans son existence pour le faire mûrir jusqu'à son arrivée dans la forêt ancestrale et bien d'autres encore encore au travers de ses RPs. Heureusement d'ailleurs, autrement il aurait été beaucoup moins amusant.
    Enfin trèves de justification.
    Bonne lecture :

    Obscurité. Humidité. Enfermement. Insalubrité…
    Tel étaient les éléments qui dressaient l’ambiance oppressante que diffusait le réseau de galeries souterraines traversé par Jed. Et ceux-ci ne manquèrent pas de lui rappeler désagréablement son exploration de l’antre du démon Molode.
    Ce n’était peut-être qu’un détail, une simple sensation, mais cela suffisait à donner l’impression qu’un schéma préétabli était en train de se dérouler, annonciateur d’un cours des évènements qui ne pourrait que se répéter à la grâce d’un destin contre lequel on ne pouvait pas s’opposer…

    Il y eu cependant une différence : une lueur, diffusée depuis l’entrebâillement de ce qui semblait être une imposante porte de pierre au bout du tunnel…
    La dernière fois, il n’y avait rien eu d’autre qu’une porte scellée à ouvrir, cette fois-ci quelqu’un d’autre avait ébauché l’action. Serait-ce un bien ?
    Le froid n’avait plus aucune emprise sur le corps du vampire, mais celui-ci ne pu retenir un frisson, alors que résonnait en lui cette question, serrant fort dans sa main le manche de sa dague, Yamui, sa seule alliée face à ce monstre dans les bras duquel il se jetait.
    Quelques pas encore et le lourd battant de pierre fut à portée de main, Jed ne le toucha pas, ne fit même pas attention à la précision des gravures qui le recouvraient, à l’élégance des inscriptions qui y avaient été inscrites il y a si longtemps. Non, une seule chose pouvait l’intéresser et plus rien d’autre ne pouvait exister dés l’instant où son regard en capta la présence : Koïl était là.
    Il était dans son champ de vision, parfaitement perceptible de l’autre coté de cette étroite ouverture.
    Debout, jambes légèrement écartées et mains jointes dans le dos, il regardait le plafond avec un air absent, laissant pendre derrière lui ses longs cheveux noirs et gras, il semblait horriblement sales, ses vêtements quelques peu déchirés laissaient encore voir sur leur tissus l’empreinte de plusieurs tâches de sang séché. Les empreintes de ses crimes passés.
    Il paraissait entièrement absorbé dans la contemplation, totalement inconscient de la présence de son frère.

    « Koïl… »

    Jed n’avait pu retenir cet appel plaintif alors qu’il avait pénétré dans la pièce, s’approchant lentement de son ainé, l’esprit chamboulé par un torrent d’émotions puissantes et incontrôlables. L’intéressé abaissa immédiatement son visage, abandonnant avec lenteur son observation du plafond pour poser sur son frère un regard vide, regard qu’il accompagna étrangement d’un sourire :

    « Jed. Tu es donc venu jusqu’à moi. Enfin… »

    Son timbre était tout l’inverse de celui de son cadet, il parlait avec une assurance terrifiante, il minaudait presque, comme amusé de le trouver ici. Cela, fit perdre un peu plus d’aplomb au pauvre vampire qui ne savait déjà plus sur quel pied danser et ne pu que se figer subitement. Il s’était jeté dans la gueule du loup sans même savoir ce qu’il comptait faire, pensant stupidement qu’une fois qu’il serait face à son frère, la marche à suivre lui serait venu instinctivement et qu’il aurait su quoi dire pour le sauver. Il n’avait jamais pensé à rien d’autre qu’à ça depuis le début de cette horrible histoire, négligeant toujours les autres implications de ses actes. En ce moment même, il négligeait son environnement, ne prêtant pas la moindre attention aux particularités de la salle qui servait de décor à cette ultime rencontre. Pourtant, celle-ci n’avait rien de banale : elle était vaste, circulaire, à l’opposée de son point d’entrée se trouvait une autre porte de pierre, fermée celle-ci, toute aussi copieusement gravée que la première et entouré par des torchères récemment allumées. Mais les gravures ne se trouvaient pas que sur la porte ; chaque parcelle des parois de la pièce en étaient recouvertes, et elles montaient à n’en plus finir vers un plafond improbablement haut. Cet endroit ne pouvait pas être anodin, il avait demandé un travail monstrueux pour être construit sous une telle masse de pierre, un mystère devait y être attaché, mais cela dépassait complètement Jed qui ne voyait que Koïl :

    « Koïl… je… suis venu te sauver… ce…

    - Me sauver ?

    Impossible de reprendre, la voix de son frère avait balayé avec une facilité déconcertante la faible volonté qu’était capable de déployer son interlocuteur :

    - Mais me sauver de quoi ? Tu ne sais rien de ce qu’il m’arrive, moi-même je n’en sais rien. Comment peut-on combattre ce que l’on est incapable de comprendre ? »

    Ces paroles étaient si terrifiantes, elles répétaient ce qu’on n’avait jamais cessé de lui dire jusqu’à présent, ce qu’il avait toujours refusé d’entendre, d’accepter… mais cette fois-ci c’était Koïl qui parlait et ses paroles à lui, il ne pouvait pas les contredire, il ne pouvait pas les ignorer. Jed ressenti un profond vide et frissonna encore une fois avant de trouver au fond de lui, un soupçon de courage, le peu dont il avait besoin pour faire abstraction et répliquer en s’accrochant de toutes ses forces à la première idée qui lui vint. Il cria :

    « Ce n’est pas à toi que dis ça ! Je m’en fiche de ne pas comprendre ! Je n’en ai pas besoin ! Je t’ai vu ! La dernière fois… tu aurais pu me tuer, mais tu m’as sauvé ! Tu peux recommencer, tu peux… battre ce truc !

    Il ne devait surtout pas faiblir, il devait continuer sur sa lancée et d’abord commencer par ce qui serait le plus difficile, il devait réussir à atteindre celui qu’il avait toujours connu, celui pour qui il s’était damné. Il s’avança d’un pas, puis de deux :

    - Koïl ! Koïl ! Rien n’est encore perdu ! Je te connais mieux que quiconque et je sais que si on s’y met ensemble, on peut se sortir de cette situation… on peut encore… vivre normalement et tout effacer… on peut encore revenir auprès de maman et…

    - Ridicule…

    Un simple mot, prononcé avec dédain, et tout venait de s’effondrer, le visage de Koïl qui avait pourtant laissé apparaître sa surprise à la première injonction du vampire avait fini par retrouver sa contenance et s’était penché pour laisser s’échapper un souffle d’air d’entre ses lèvres, marque d’un manque de patience :

    - Rien ne va changer, tu dis ? Comment peux-tu dire cela alors que tu ne sais rien de ce que je vis… et toi…

    D’un geste nonchalant il tendit son bras gauche et d’un autre, bien plus nerveux, il appliqua la pointe de son ongle sur sa peau, forçant jusqu’au point de la déchirer et de faire s’écouler son sang pour ensuite s’en maculer le doigt et le tendre en direction du damné.
    Jed en ressentit immédiatement une sensation d’appétit grisante qu’il eut bien du mal à maîtriser :

    - Comment peux-tu espérer vivre normalement alors que tout ton être te hurle de sauter sur ton propre frère pour le vider de son sang… que jamais plus tu ne pourras t’exposer au soleil… et que sitôt ta nature découverte par tes voisins… tu seras immédiatement chasser comme le monstre que tu es. »

    Impitoyable, il porta le bout de son doigt à ses lèvres pour en lécher lentement l’enrobage carmin avant de faire subir le même sort à l’entaille de son poignet en un geste qu’il voulait provocateur. Jed en ressentit toute la symbolique, une véritable torture qui aurait pu l’achever si il ne s’était pas accroché si désespérément à la seule chose qui comptait pour lui.
    Il répondit donc avec la même puissance que précédemment, parlant bien trop fort et bien trop nerveusement pour être véritablement convaincant :

    « Je saurais combattre ça ! Je saurais survivre ! Et je veillerais sur toi et sur maman ! Ce qui compte vraiment, c’est toi ! C’est sur toi qu’on a toujours compté à la ferme, moi je n’ai jamais été bon qu’à m’occuper des champs. Il faut que tu reviennes, il suffit juste… que tu combattes cette chose... »

    Le regard de Koïl devint soudain très sombre, une profonde déception se lisant en lui, alors qu’il se mit à marcher lentement vers une paroi :

    « Je suis une chose, tu dis ? Pourquoi me considérer ainsi ? Comme si j’étais vraiment étranger à celui que tu dis connaitre… Je me sens Koïl, moi. Je ne me sens n’être rien d’autre…

    - Tu n’es rien !

    Jed venait de hurler, il refusait net d’entendre tout discours laissant entendre que la personne qui prononçait ces paroles puisse être son frère. Celui-ci ne se décontenança pourtant pas :

    - Oui, je ne suis rien. Si je ne suis pas ton frère, je ne peux pas avoir d’autre identité, aucun choix ne m’est offert. »

    Lentement, celui qui disait être Koïl leva son index en direction du vampire, marquant ainsi l’imminence d’une conclusion qui ne pouvait être mise en doute :

    « Si je ne peux n’être rien d’autre que ton frère, alors c’est que je suis bien ton frère !

    - Non ! Tu ne l’est pas ! Tu n’es qu’un assassin ! »

    Le trouble de Jed devenait peu à peu une tension, il ressentait le besoin impérieux de frapper cet imposteur, de le frapper de sa dague, de le tuer… mais… pourrait-il vraiment le faire alors qu’il avait ce visage ? Alors qu’il savait parfaitement que s’il le tuait, il tuait également celui qu’il désirait sauver :

    « Tu n’as pas ta place ici ! Tu dois disparaître ! Rend moi Koïl !

    Pendant un bref instant, une faiblesse fut lisible dans le regard assuré du monstre, une réminiscence de la véritable conscience qui l’habitait ? Jed en tira une source d’espoir, mais celle-ci se tarit bien vite :

    - Malheureusement, disparaître ne semble pas faire partie de mes options, je dois d’abord trouver les raisons qui font que j’existe… Molode ne m’a rien apporté… cette bibliothèque ne contenait rien qui ne me soit utile… par contre ces gravures… »

    Oubliant son interlocuteur, Koïl reporta son regard sur la paroi, faisant courir ses pupilles sur les scènes représentées. Cela dirigea l’attention de Jed sur celle-ci, qui prit enfin conscience de son environnement : les gravures représentaient des personnages, des êtres ailés, des monstres et des humains, en y faisant attention, on pouvait deviner qu’une histoire devait y être racontée, une histoire que le jeune homme n’avait cependant pas le temps de déchiffrer :

    « Nous sommes ici dans le tombeau d’un ange, mort pour ce royaume il y a près de 18 siècles… il devait être important pour que l’on ait construit quelque chose d’aussi grandiose pour lui, à l’abri du regard de tous… l’histoire racontée est celle de sa famille, éteinte avec lui et remontant aux origines du monde… inutile de tout te raconter mais… je pense que les réponses à mes questions se trouvent dans le royaume divin d’Asuria… c’est là-bas que je compte me rendre désormais, mais avant… je dois régler un petit détail…

    Se désintéressant des parois, il se retourna vers son fraternel, qui était resté immobile, campant sur ses positions en lui adressant un regard revêche. Jed se moquait complètement de ce qui était raconté sur les murs de ce tombeau, cela ne le concernait absolument pas, le dépassait même, cela provoquait l’amusement de son vis-à-vis, devenu de plus en plus cynique au cours de sa courte existence :

    - La première fois que nous nous sommes rencontrés… toi et ton ami… j’aurais pu vous tuer… mais je ne l’ai pas fait… ce qui m’en a empêché…

    - C’était Koïl !

    Jed avait de nouveau hurlé pour interrompre le possédé, se raccrochant ainsi à son plus grand espoir, mais à peine s’était-il exclamé qu’il sentit une masse s’écraser à pleine vitesse sur sa poitrine. C’était Koïl. Il s’était jeté sur lui, poing armé, pour l’abattre sur son thorax et l’envoyé au tapis. Jed eut un hoquet de surprise, son regard affolé cherchant à capter le regard de son frère, à y trouver cette petite lueur qu’il avait décelé la dernière fois. Mais il ne trouva rien, rien de plus qu’un profond mépris et une note de colère, une envie viscérale de meurtre.
    Il s’écroula et glissa sur quelques mètres sans ressentir le moindre besoin de se relever.
    Koïl l’avait frappé, c’était inconcevable.

    - Ce qui m’en a empêché c’était le fardeau de vieux souvenirs d’une ancienne vie qui n’a plus aucun sens pour moi… qui m’empêchera d’avancer tant que je n’en aurais pas détruit la source. Tant que je ne t’aurais pas tué. »

    Le sens de ces paroles vrilla la psyché du damné, le blessant plus fort encore que l’impact du poing, le rendait aussi flasque qu’un cadavre, incapable de réagir alors que son adversaire s’approchait lentement de lui :

    « Tu es véritablement pitoyable, Jed… Je me demande comment j’ai bien pu faire pour t’apprécier, pour ne pas ressentir de honte à te savoir être mon frère. Tu es si faible… »

    Chaque mot prononcé, chaque pas perdait un peu plus le jeune homme, brouillant ses pensées et ses sens. La vérité le frappait de façon bien cruelle et rien ne l’avait préparé à l’encaisser ainsi.
    Fébrilement, des larmes de sang lui maculant le visage, il tenta tant bien que mal de se relever, pour implorer la pitié mais il n’en eu pas le loisir.

    Alors que son bourreau n’était désormais qu’à un pas de lui, un mouvement de l’air se fit perceptible et il vit la silhouette de celui ci faire un écart d’une vivacité surhumaine pour esquiver une attaque qu’il devinait venir de par-dessus son corps. C’était à n’y rien comprendre, mais bien vite une voix familière se fit entendre :

    « Il est peut-être faible… mais moi, je ne le suis pas ! »

    C’était Simon.
    Immédiatement, Jed parvint à retrouver assez de lucidité pour relever son buste et assister à la scène : Le vampire traqueur était là, l’air déterminé, son sabre levé dans une position menaçante et face à lui se tenait Koïl, visiblement contrarié mais ne semblant présenter aucune blessure.
    Simon l’avait donc suivi finalement, il était venu à sa rescousse malgré sa décision première, malgré l’écrasante défaite que lui avait fait subir Koïl lors de leur précédente rencontre et l’absence de soutien de son maître dans cette histoire.
    Pourquoi avait-il fait ça ?
    Il ne comprenait pas, mais sans qu’il ne s’en rende vraiment compte, cela le rendit heureux.

    « Tu dis être fort toi ? Hahaha ! Ne dis pas n’importe quoi, tout ce que tu peux faire… c’est me faire perdre du temps. »

    Et c’est alors que le combat débuta, Koïl fit de nouveau appel à l’étrange pouvoir dont il était doté, celui qui lui avait permit de vaincre à lui seul le démon renégat Molode et les deux vampires. Cette capacité de déplacement si rapide, surréaliste et indéchiffrable. Il porta le premier coup mais Simon parvint à l’esquiver, menaçant immédiatement son bras du tranchant de son sabre avant de frapper le vide.
    Un combat contre Koïl échappait à toute logique, il semblait être partout et nulle part à la fois, il ne possédait aucune arme mais si il frappait, c’était comme si tout votre corps menaçait de se faire déchirer de l’intérieur. Simon lui, était un épéiste fantastique, rapide et précis, il avait bénéficié d’un entrainement unique dont Jed n’avait eu jusque là qu’un aperçu très condensé. Il était un duelliste confirmé, un véritable artiste de l’épée et l’image qu’il renvoyait alors qu’il affrontait ce qui semblait être un fantôme était celui d’un danseur au style hypnotisant.

    Jed, cependant, n’était pas en position d’apprécier le spectacle, il était complètement perdu et n’avait toujours pas trouvé la présence d’esprit nécessaire pour se relever. Il ne savait plus quoi penser, plus quoi craindre. Son frère était devant lui, menacé par la lame d’un vampire, mais ce vampire était lui aussi menacé… et bien plus fortement encore, tant les pouvoirs de Koïl étaient terrifiants. Aussi fort pouvait être Simon, il ne pourrait rien faire face à un tel adversaire, chaque frappe qu’il aurait à esquiver ne permettant pas la moindre anticipation. Le simple fait qu’il soit parvenu à éviter le premier coup était déjà un miracle, la preuve que le talent du vampire allait au-delà d’une simple affaire de réflexes, mais qu’importe la nature de ce qu’il employait pour ce battre, cela ne pourrait suffire. Inexorablement, il était condamné à perdre.
    Désespérément, Jed cherchait ce qu’il devait faire, ce qu’il fallait qu’il fasse… pour sauver Koïl… il avait pourtant tellement voulu croire que la solution lui viendrait une fois en face de lui.

    « Aah ! »

    Un cri de surprise lui fit reprendre pied, le faisant se relever par instinct en tirant sa dague :

    « Simon ! »

    C’était trop tard, la main de son frère venait de toucher au but, frappant le guerrier à la poitrine pour la transpercer.

    « Noon ! »

    Pendant un bref instant, il ne calcula plus rien, fonçant sans réfléchir sur son frère pour le frapper et ne rien trouver d’autre que le vide. Koïl s’était reculé, retirant sa main de son fourreau sanglant en laissant s’effondrer au sol le corps de l’épéiste vaincu. Il ne s’arrêta cependant pas là, faisant volte face pour tenter de frapper son frère de son poing et enchaîner encore et encore sans que jamais il ne touche au but :

    « Arrête Koïl ! Arrête ! Arrête ! Arrête ! »

    Il frappait avec l’énergie du désespoir, ne remarquant qu’à peine le sourire dément de son aîné qui semblait s’amuser de son état d’affolement :

    « Je ne peux pas m’arrêter Jed, tu ne sais pas ce que c’est que d’être moi…

    Un poing vola, s’écrasant sur la tempe du jeune vampire :

    - tu ne sais pas ce que c’est…

    Un second suivi, frappant l’autre tempe :

    - Que de vivre…

    Un uppercut s’enchaîna :

    - En ressentant chaque seconde…

    La frappe suivante s’abattit sur la poitrine :

    - Cette douleur… cette supplique venant de chaque recoin du monde… te hurlant de disparaître… de mourir… et de ne pas pouvoir y répondre, de ne pouvoir rien faire d’autre que de subir… et de comprendre juste… que ton existence n’est qu’une aberration dont la raison t’échappe… »

    Jed avait reculé sous les coups, ne tombant pas cette fois… fébrilement, il redressa son visage légèrement tuméfié et redressa sa dague dans la même posture que celle qu’avait prise son ami plus tôt, pointant sa dague vers celui qu’il avait toujours admiré :

    « Je ne sais pas de quoi tu parle… je veux juste… que tu disparaisses… que tu me rendes mon frère. »

    Koïl vint à sourire tristement :

    « Comme tout le monde… mais justement… tu ne comprends pas… »

    Il fondit alors sur son cadet, prêt à le frapper, mais comme Simon tout à l’heure, le jeune vampire parvint à esquiver, se baissant pour ensuite pointer sa dague vers l’avant, cherchant véritablement à blesser son frère dans ce geste.
    Koïl sembla surpris, mais cela ne suffit pas à faire mouche, il avait bien trop de ressources et il enchaîna ses attaques, mettant à l’épreuve le faible entrainement de Jed par sa vitesse et sa précision. Tant bien que mal, il parvint à éviter la seconde frappe, prenant de la distance, mettant en application les quelques conseils dont il avait bénéficié, les exercices qui lui avait été imposé. Il ne devait surtout pas perdre, qu’importe la puissance de son adversaire, il fallait qu’il survive, qu’il continu à gagner du temps jusqu’à ce qu’enfin la solution à toute cette horreur lui apparaisse. Jed n’était pas Simon, cependant, il tint bon, jamais il n’aurait cru être capable d’une telle prouesse, jamais il n’avait été dans une telle situation également, mais ce n’était pas la seule raison à cela. Face à lui, Koïl semblait moins assuré que face au premier vampire, moins maître de son corps, comme si… au fond de lui, la force de son assurance s’écroulait, qu’une autre venait s’opposer à la douleur qu’il avait décrite, pour l’empêcher de blesser son adversaire.
    Jed vit alors renaître la lueur qu’il avait décelée au fond des yeux de son frère lors de leur première rencontre et avec elle, renaquit l’espoir. Il n’était pas seul à affronter le monstre, Koïl était là, il l’aidait et se battait de toutes ses forces pour reprendre le contrôle.

    Rapidement, le combat s’équilibra, Jed adoptait une posture défensive, jouant de son acuité pour tenter d’anticiper les mouvements de son frère et mouvoir tout son corps en réponse pour se prémunir de chaque frappe, il jouait de sa dague pour tenter de manipuler ces mêmes mouvements, faisant rapidement fructifier les quelques enseignements que lui avait prodigués Simon. La solution commençait à venir, il fallait qu’il affronte le monstre, qu’il se mette en danger pour éveiller Koïl. Son frère avait perdu contre lui, Simon avait perdu également et lui n’avait jamais eu la moindre de chance, mais si les deux frères s’associaient, alors un espoir était permis, il fallait juste qu’il tienne et grâce à ses compétences vampiriques, il savait qu’il le pourrait.

    Un nouveau ballet commença, plus gauche que celui qu’avait exécuté Simon mais tellement plus intense, tant la détermination des deux adversaires était puissante, tellement plus long aussi. Cependant, quelque chose n’allait pas, la tension était montée, Jed s’était laissé transporter mais après quelques secondes, la montée en puissance du duel s’était stabilisée, tout comme la lueur dans les yeux de Koïl qui avait cessé de croître.
    Au bout de quelques dizaines de secondes, celle-ci commença même à vaciller et un glas sonna, le tranchant de la main du monstre vint s’enfoncer dans la gorge du vampire, le faisant tituber suffisamment longtemps pour l’exposer à une seconde frappe.
    C’était fini.
    Ca aurait du l’être car, alors que Jed voyait ses espoirs s’effondrer, un éclat métallique scintilla et força son adversaire à s’interrompre et à se retourner vivement, laissant le jeune homme retomber à genoux. Sauf.

    « Toi… »

    Jed eut juste le temps de relever son champs de vision pour découvrir Simon, toujours vivant malgré la blessure sur son torse, une gourde débouchée près de ses pieds et lui agenouillé en position de lancer :

    « Ne le touche pas ! »

    Rugit-il avant de fouiller de sa main dans sa tenue pour s’équiper d’un nouveau couteau, geste futile car Koïl était déjà sur lui :

    « Je vais en finir avec toi !

    - Non ! »

    En l’espace de quelques secondes, Jed vit la mort de Simon, il ne pouvait s’y résoudre aussi laissa-t-il son instinct parler de nouveau. Mais cette fois, il ne se releva pas, de nouveau cours lui était revenu en mémoire et plus précisément les paroles de son mentor quand il lui avait expliqué les bases du lancer de couteau. Il n’en n’avait pas à disposition, il n’avait que Yamui, mais il n’était pas en état de s’en rendre compte. Dans un mouvement purement mécanique, il arma son bras en même temps qu’il cria et, imitant Simon quelques secondes plus tôt, il lança son arme.
    Ce ne pouvait qu’être futile, un geste guidé par le désespoir, d’autant plus que le lancer autrement plus précis de Simon n’avait pas fait mouche… et pourtant…
    Le temps s’arrêta et avec une précision effroyable, Jed put suivre le trajet de sa lame : sa trajectoire parfaite, sa puissance insoupçonnable alors que la pointe de la dague vint toucher la nuque de son frère, déchirer sa peau avec netteté et progresser toujours alors que le son des vertèbres qui se fissurent commençait à se faire entendre. Tout lui parut net mais alors qu’un dernier cri de souffrance retentit, tout ce qu’il fut capable de percevoir n’était plus que du blanc, comme si une lueur vive l’avait aveuglé et que chaque particule de son corps avait cessé d’exister.


    Depuis combien de temps s’était-il écroulé, face contre terre ? S’était il évanouit ? Il était incapable de le déterminer, mais quand il se redressa, il tomba nez à nez avec Simon, accroupie devant lui, l’air profondément inquiet malgré l’épouvantable blessure qui défigurait son torse :

    « Jed ? »

    Tant de signification pouvait être tiré de cette seule syllabe prononcée sous ce ton interrogatif, mais le jeune homme n’était pas en condition pour s’y attarder, une seule chose l’intéressait et il repoussa le vampire pour découvrir ce qu’il aurait tant voulu ne jamais voir : Le corps de son frère gisait à quelques mètre de lui, raide, le corps étrangement droit, tout comme ses bras laissés tendus le long de son corps. Son visage, écrasé contre le sol était complètement noyé dans sa chevelure crasseuse, dévoilant parfaitement une nuque marquée par la présence d’une entaille à la netteté surnaturelle. La dague meurtrière n’était pas restée fichée, elle était tombée au sol pour gésir au niveau des pieds de sa victime, la pointe de la lame teintée de rouge.

    « Jed ? »

    Encore cette question, mais une fois de plus il ne réagit pas à celle-ci, se relevant lentement, comme un pantin pour se rapprocher lentement du cadavre et tomber à genoux devant celui-ci. Dans un geste inconscient, il s’empara de sa dague et abaissa son regard sur elle pour observer la couleur cramoisie nimbant la pointe, son bras tremblait, il n’arrivait pas à réaliser ce qu’il venait de se passer.

    « Koïl ? »

    Il parla, il appela plutôt. Quand il était perdu, il avait toujours eut l’habitude de compter sur son frère pour l’aider, en cette instant plus que jamais auparavant, il avait besoin de lui.

    « Jed ? »

    Simon l’avait rejoint sans qu’il ne le remarque vraiment, mais c’était inutile, il n’appartenait pas à son monde, il n’existait pas, dans son monde il n’y avait que lui... et Koïl… Dans son monde, il était seul désormais. Il trembla un peu plus, ses yeux s’enveloppant de rouge alors que, comble de la folie, l’odeur du sang s’échappant de la blessure de son frère commençait à l’allécher. Plus rien ne pouvait empêcher les larmes rubis de s’écouler le long de son visage, tombant goutte à goutte sur son pantalon.

    « Koïl… »

    Il n’était plus question d’appel… lentement, Jed commençait à assimiler tout ce qui venait de se passer, la portée de ce qu’il avait fait… sans pour autant parvenir à aller jusqu’à son terme : Il ne le pouvait pas. Son corps entier devenait douleur, ses souvenirs également… le film de son existence commençait à défiler dans sa tête, chaque période de son enfances, chaque instant avec son frère, chaque parole de sa part, chaque image… et face à eux cette vision, ce corps sans vie… il était toujours pas capable de se rendre parfaitement compte de ce qui se trouvait devant lui.
    Rendu complètement flasque, il se fit prendre dans les bras de Simon.

    « Oh Jed… je suis désolé… tellement désolé… »

    Il ne broncha pas, il ne pouvait pas… en cet instant tout ce qu’il pouvait faire était de s’éteindre pour sans doute, ne plus jamais s’éveiller à nouveau.

    « J’aurais voulu t’aider Jed, mais je ne pouvais pas… personne n’aurait pu… ton frère… était déjà mort dés l’instant où il a rencontré ce… ce monstre… tout ce que tu pouvais faire… c’était l’empêcher de nuire… Il fallait que tu le tue Jed, il n’y avait pas d’autre solution… ce que tu as fait, c’était pour le bien de tous… tu es un héros Jed… et je suis sur que maintenant qu’il est parti… de là où il est… ton frère est libre… et il est fier de toi… »

    Jed était vide, aussi vide que ne l’était le corps de Koïl maintenant, pourtant, il n’était pas encore véritablement mort et les mots de Simon, sa tirade qui se voulait rassurante, éveilla en lui quelques sentiments.
    Il disait qu’il était un héros… qu’il avait agit pour le bien de tous… il trembla de nouveau… de colère pour Simon… cet homme qu’il avait sauvé au prix de la vie de son frère… comment pouvait-il dire une chose pareil ? Comment peut-on dire d’un homme qui tue son propre frère qu’il est un héros ? Comment peut-on dire que ce même frère devait être fier de lui alors qu’il avait vu le désespoir dans ses yeux ?
    Un tourbillon d’émotions commença à s’agiter dans le corps du jeune vampire et il n’en trembla que plus fort, se retrouvant réduit à un état infantile cherchant à tout prix la moindre source de réconfort. Il se blotti alors contre Simon, le corps parcouru de spasmes alors qu’enfin les premiers sanglots prenaient naissance :

    « Il est mort, Simon…. Il est mort… et c’est moi qui l’ai tué… »

    Il parvenait enfin à mettre des mots sur ce qu’il ressentait, se laissant bercer par son mentor en continuant de geindre :

    - Il ne peut pas être fier… tu ne les a pas vu, toi… ses yeux… la première fois… quand il a vu ce que j’étais devenu… je n’aurais jamais dû Simon, je n’aurais jamais dû devenir vampire… ça n’a servi à rien… je n’étais pas assez fort… et je lui ai fait mal… si mal… »

    Les mots commençaient à se perdre à exprimer en vrac les facettes les plus infimes de l’incommensurable douleur qui le dévorait.

    « Tu as fait… ce que tu pensais être le mieux Jed… Koïl était ton frère… il te connaissait mieux que quiconque… il a forcément compris pourquoi tu avais fait ça…

    - Mais ça n’a servi à rien ! »

    A tout instant, la douleur risquait de se répandre plus fort encore en lui, le rendant fou, entièrement dépendant des paroles que saurait trouver son sire, des paroles qui ne purent être trouvées :

    « Je… je ne sais pas quoi te dire Jed… tu as fait tout ce qu’il était possible de faire, même quand tout semblait sans issue…ce que tu as fait d’ailleurs… était incroyable… tu m’as sauvé Jed… tu nous as peut-être tous sauvé… »

    Ce n’était pas ce qu’il voulait entendre, encore ces histoires de héros, de ces « Tous » qui avait été sauvé, il s’en moquait lui… tout ce qu’il voulait… c’était de sauver son frère… et il n’avait pas pu. Irrémédiablement il se laissa sombrer, vidant son intellect jusqu’à ce que la seule chose qu’il conserva ne soit le souvenir de cette flamme qu’il avait vu dans les yeux de Koïl, de l’espoir qu’elle avait nourri avant de finalement s’évanouir.
    Son regard se posa alors sur le cadavre et cette simple vision suffit à lui permettre d’échapper à un nouveau black-out. Une réaction se fit en lui, un mécanisme de défense faisant de ce souvenir, de cette lueur dans le regard de Koïl, une source de force pour lui. Il ne pouvait affronter cette réalité, il ne pouvait continuer à exister avec un tel obstacle face à lui, il ne lui restait plus alors qu’à la transfigurer pour au moins pouvoir faire un pas de plus.
    Sans dire mot, fébrilement, il se releva, s’extirpant sans aucune résistance de l’étreinte de son ami vampirique pour se redresser face au corps gisant.
    Toujours il tremblait, mais ses larmes s’étaient taries, sa douleur toujours vivace s’était trouvée un moyen de contrôle, avec lenteur il dressa son bras droit, tenant toujours avec force le manche de sa dague dont le contact était étrangement devenu une source de réconfort pour lui :

    « Ce… n’est pas fini… Koïl…

    Toutes ses forces étaient sollicitées pour lui permettre de se tenir debout, le bras tendu et pour offrir à sa voix les ultimes accents de la détermination. Ce qu’il comptait dire maintenant, serait la chose la plus importante de toute son existence : Une promesse qu’il faisait au nom de celui qui avait été l’être le plus cher à son cœur :

    - Je… sais… que tu aurais préféré que… ton destin ne vienne pas bouleverser le mien… que tu sois seul à vivre ce malheur… je suis désolé Koïl. Je suis désolé d’avoir foncé tête baissée.

    Il cru faiblir un instant, les tremblements devenant difficilement contrôlables et ses jambes menaçant de céder sous son poids avant qu’il se fonde en excuses, espérant ainsi obtenir de son fraternel, un signe de réconfort. L’obtint-il ? Il ne le su pas vraiment, mais il trouva la force de continuer :

    - Mais je te jure… que ça n’a pas été en vain Koïl…

    De nouveau il eut à lutter, son visage s’affaissant et une expression de douleur vint lui crisper les traits, cependant cet instant fut fugace et il reprit de l’aplomb, un sourire se dessinant même sur son visage alors que sa voix se fit plus enfantine ; lentement, seconde par seconde, sa psyché se forgeait un mur qui venait briser sa raison, le faire régresser pour lui faire obtenir la capacité d’abstraction nécessaire à sa survie :

    - T’as entendu ce qu’a dis Simon ? Je suis un héros… c’est fou non ? Il dit que tu devrais être fier de moi… mais tu ne l’es pas hein ?

    Peu à peu, les prémices de la folie commençaient à se deviner dans son discours, mais pour lui, il n’y avait rien de plus sensé que ce qu’il exprimait :

    - J’ai merdé Koïl… mais je te jure que tout ça…

    Il désigna le cadavre d’abord, puis il se désigna lui-même :

    - Ça ne sera pas inutile… tu va voir… je vais… je vais devenir beaucoup plus fort Koïl… je suis un vampire maintenant… mais je ne serais jamais un monstre… je vais… je vais… être un héros… et un jour… toute cette horrible histoire aura eu un sens et tu… pourras enfin… être fier de moi.

    A ce dernier mot, il se figea, laissant sa main libre venir se plaquer sur une face de son visage pour en masquer superficiellement la vision au travers de ses doigts écartés.
    A ces cotés, Simon s’était relevé, n’ayant à aucun moment osé l’interrompre, même là, il avait hésité avant de venir poser sa main sur l’épaule vampirique. Tout s’immobilisa alors… et les secondes défilèrent, peut-être les minutes :

    « Simon ? »

    Jed n’avait pas bougé, il avait posé sa question sans que rien d’autre que ses lèvres ne se meuvent.

    « Oui ?

    - Il ne sera pas mort en vain, hein ? Je vais…. Devenir plus fort avec toi ? Avec Raem ? Et on rendra… le monde meilleur ? Pour le bien de tous ?

    Il y eu un petit instant de silence, comme si le maître vampire avait eu besoin d’un instant de réflexion, mais la réponse vint finalement, courte :

    - Oui.

    - Alors… je te suivrais, Simon… »

    Parce que toute autre option n’aurait pu se conclure que par son suicide et parce que la seule façon dont il aurait été capable de porter son deuil aurait été dans l’oubli de soi, Jed venait de prendre une décision qui allait diriger le reste de son existence et il se jeta dans les griffes de Raem. Tout ce qu’il voulait maintenant, c’était servir une cause juste afin qu’un jour enfin… le fruit de ses actions soit assez bénéfique pour racheter la vie d’une personne exceptionnelle... et l’erreur d’une damnation.

      La date/heure actuelle est Mer 23 Aoû - 6:32